“Ne jugez pas pour ne pas être jugé”

Bar-tabac-presse “Le Saint Roch” à Lavaur (Photo : La Dépêche du Midi)
Un jeune Vauréen de 17 ans a perdu la vie dans une tentative de cambriolage. L’auteur présumé a été mis en examen.
Vendredi 18 décembre 2009 : une mère pleure son fils
En la cathédrale Saint-Alain de Lavaur, le prêtre vêtu de vert a rappelé cette parole de Saint Matthieu : “Ne jugez pas pour ne pas être jugé” (évangile selon Saint Matthieu, chapitre 7, verset 1).
Cet appel à l’espérance et au calme était aussi partagé par Estelle, la mère de Jonathan, pourtant effondrée par la perte de son fils. “Il faut laisser faire la justice. Je fais confiance à son travail. Ca m’amènerait où, ça m’amènerait quoi de vouloir une vengeance. Ca fait 17 ans que j’habite Lavaur. Je vis dans le respect des autres.”
“La paix, le silence, le respect des autres”, une leçon que nous donne cette mère courage, traversant l’épreuve la plus difficile de sa vie.
Lundi 14 décembre 2009 : “le drame de Saint Roch”
Cette parole évangélique résonne dans ma tête tel le fracas provoqué par ces deux saints. Si Saint Roch avait su écouter Saint Matthieu, le drame aurait-il pu être évité ?
Les faits se sont déroulés à Lavaur, le lundi 14 décembre dernier à 2h30 du matin. Luc Fournié, patron du bar-tabac-presse “Le Saint Roch” surprend deux personnes pénétrer dans son établissement. Armé d’un fusil de chasse, il tire… tuant l’un deux sur le coup. Aussitôt alertés par le cafetier, les autorités n’ont pu que constater le décès de Jonathan. Son complice, ayant pris la fuite, se rendra l’après-midi même à la brigade de gendarmerie de Lavaur.

Bar-tabac-presse “Le Saint Roch” à Lavaur, après la tentative de cambriolage (Photo : La Dépêche du Midi)
Le drame a très vite fait le tour de la commune et s’est invité dans toutes les conversations. Alors, chacun est allé de sa propre opinion, parfois sans appel.
“Tout le monde cherche à comprendre. Ce qui m’ennuie ce sont les jugements sommaires et expéditifs”, explique Paulette, une jeune mère avec son enfant à la main à la sortie de l’école, au journaliste de La Dépêche du Midi.
Mardi 15 décembre 2009 : Luc Fournié, mis en examen pour homicide volontaire et tentative d’homicide volontaire, est écroué à la prison d’Albi
Luc Fournié se trouvait-il ou non en état de légitime défense ? Les deux adolescents, seulement âgés de 17 ans, portaient-ils une arme quelconque ?
Les proches du cafetier ne peuvent expliquer son geste. “Réputé calme et pondéré”, cet homme âgé d’une “cinquantaine d’années et sans antécédents judiciaires” était plutôt un homme sans histoire, “un garçon charmant”.
“Il n’a rien d’une brute épaisse, sans cervelle. Son geste, il faut le replacer dans le contexte : de nuit, la peur, l’exaspération”, indique un habitué de l’établissement (propos recueillis par La Dépêche du Midi).
A ce jour, l’enquête suivant son cours, aucune réponse ne peut être apportée.
Rappelons simplement le contenu de la loi sur la présomption d’innocence qui se fonde sur l’article 11 de la “Déclaration universelle des droits de l’homme” de 1948 qui la formule de la façon suivante :
Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis.
Loin de prendre la défense de Luc Fournié, je tiens à respecter les paroles énoncées en titre. De plus, alors que certaines personnes prétendent la connaître, je tiens aussi à rappeler la loi sur la légitime défense, accessible à tous via Wikipédia.
Toutes les législations modernes admettent qu’il n’y a ni crime ni délit lorsque les blessures, les coups voire éventuellement l’homicide sont commandés par la nécessité de se défendre soi-même ou de protéger autrui.
En France, pour agir dans le cadre de la légitime défense (articles 122-4, 122-5, 122-7 du code pénal), l’agression doit être :
- dirigée contre soi-même ou autrui ;
- actuelle : le danger est imminent ;
- injuste : l’agression est non fondée – riposter aux forces de polices pendant une manifestation par exemple ne peut être considéré comme de la légitime défense.Parallèlement, la défense doit être :
- nécessaire : il n’y a aucun autre moyen de se soustraire au danger ;
- simultanée : la réaction doit être immédiate, ce qui exclut la vengeance après coup ;
- proportionnée aux dégâts pouvant être occasionnés: il ne doit pas y avoir d’excès de légitime défense ; l’action s’arrête une fois le danger neutralisé ou la personne en fuite.En France (art. L122-5 al.2 du Code pénal), il est permis de défendre ses biens par tout moyen (sous réserve des limitations ci-dessus) autre qu’un homicide volontaire. Si concernant la défense des individus, la loi dispose d’une présomption de proportionnalité en faveur de la victime de l’agression, il appartient à la personne demandant le bénéfice de la légitime défense de prouver que sa riposte était bien mesurée par rapport à l’agression concernant la légitime défense des biens. La légitime défense ne peut être admise en matière d’atteinte aux biens que lorsque l’acte commis a pour objet d’interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit (CA Toulouse, 3e Ch., 24 janvier 2002).
Jeudi 24 décembre 2009 : Luc Fournié a été remis en liberté

Luc Fournié (à droite) avec à ses côtés son avocat, Me Georges Catala (Photo : La Dépêche du Midi)
En ce réveillon de Noël, la chambre de l’instruction de Toulouse a décidé de remettre en liberté Luc Fournié, sans contrôle judiciaire. Le parquet semble s’être rangé au point de vue de son avocat, Me Georges Catala, qui plaide la légitime défense. “La loi stipule que quand on est dans une maison habitée, qu’il y a une agression extérieure, la nuit, et en réunion, c’est un cas de légitime défense. Pour moi, la question ne se pose pas.”
En fin d’après-midi, dans un entretien accordé à La Dépêche du Midi, Luc Fournié est revenu sur les circonstances du drame.
La Dépêche du Midi : Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Luc Fournié : Je ne peux rester insensible à la mort d’un gamin de 17 ans. Je regrette de tout mon cœur sa disparition. C’est une issue terrible, et j’en suis fortement peiné. Cependant, je tiens à dire que je ne suis pas un meurtrier.
La Dépêche du Midi : Comment s’est déroulé le drame ?
Luc Fournié : Il était deux heures du matin. Je dormais et je dormais bien. J’ai entendu du bruit et dans la maison il y avait également ma sœur et ma vieille mère de 87 ans. C’est aussi mon devoir que de les protéger. Au lieu de partir quand ils sont tombés dans mon stratagème très rudimentaire (deux chaises reliées par une ficelle), les deux personnes ont continué à avancer vers moi, ils étaient en progression rapide. J’ai eu un contact physique qui a entraîné une mauvaise panique. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir.
La Dépêche du Midi : Vous sentiez vous menacé avant ce drame ?
Luc Fournié : Quelques jours avant, j’ai remarqué que les barreaux de la fenêtre avaient été sciés. J’ai informé les gendarmes. Je comptais sur eux. J’avais confiance en eux.
Me Catala : Il est étonnant que dans le cadre de l’enquête, il ne soit pas fait mention que mon client ait averti les gendarmes.
La Dépêche du Midi : Qu’allez vous faire maintenant ?
Luc Fournié : Je ne sais pas encore, c’est trop tôt pour répondre. Ce que je sais c’est que ma vie ne sera plus comme avant. Ce n’est pas possible. Je ne me considère pas comme un justicier. En aucun cas, je ne me sens investi d’une mission qui dépasse ce malheureux fait divers.
Me Catala : Il est important de souligner que Luc Fournié n’est pas placé sous contrôle judiciaire. C’est-à-dire qu’on a rétabli le citoyen Founié dans les droits antérieurs au drame. Il y aura un procès, où comme je l’ai déjà dit je demanderai un non-lieu.

Elsa Lavignasse, la sœur de Jonathan (Photo : La Dépêche du Midi)
Du côté de la famille de Jonathan, l’heure est à l’amertume à l’annonce de cette décision. Le 26 décembre dernier, Estelle et Elsa Lavignasse, respectivement la mère et la sœur de Jonathan, se sont exprimées au journaliste de La Dépêche du Midi.
Estelle Lavignasse : Ce soir, je crie à l’injustice. J’ai dit que je faisais confiance à la justice. Mais là je ne comprends pas. La justice est inhumaine : personne ne m’a prévenue hier. Personne. Il a fallu un appel de mon nouvel avocat, hier soir, pour le savoir. Et puis, depuis le drame, je n’ai jamais été entendue. Pas un enquêteur, pas un magistrat, personne de la chambre de l’instruction pour m’écouter. J’avais envie de dire que mon fils c’était mon bébé, qu’il a fait une bêtise mais qu’il l’a payée trop cher, bien trop cher.
Elsa Lavignasse : La moindre des choses c’est d’informer les gens. Jonathan c’était un être humain. La justice aurait dû nous prévenir de sa décision. Pour un peu, on l’apprenait dans le journal ce matin.
La Dépêche du Midi : Comment avez-vous passé la nuit de Noël ?
Estelle Lavignasse : Toutes les deux, avec ma fille, dans la chambre de Jonathan. Tous les ans, nous passons la veillée de Noël tous les trois, en famille. Nous étions seules, Elsa et moi. Seules.
Elsa Lavignasse : Jo avait deux ans à la mort de notre papa. J’ai 7 ans de plus et j’avais promis de veiller sur lui. Alors hier soir, c’était terrible.
La Dépêche du Midi : Vous sentez-vous soutenues ?
Estelle Lavignasse : Nous recevons tous les jours des témoignages d’amitié, de compassion, de personnes que nous connaissons, mais aussi de beaucoup de gens inconnus.
Elsa Lavignasse : Il y a bien sûr les jeunes, mais le plus grand nombre de témoignages de soutien vient de personnes adultes : des commerçants, des pharmaciens, des employés. Nous ne jugeons utiles, pour notre part, de les afficher.
La Dépêche du Midi : Jonathan avait-il des problèmes ?
Estelle Lavignasse : C’était un jeune que j’élevais de mon mieux. Nous avions décidé qu’il irait en internat au lycée à Albi au deuxième trimestre. Ce n’était pas un délinquant, pas un cambrioleur, c’était mon fils.
Me Simon Cohen conteste la légitime défense
Pour Me Simon Cohen, avocat au barreau de Toulouse, “Nous sommes dans une affaire d’autodéfense et non de légitime défense. L’autodéfense, c’est la volonté de faire justice soi-même. Elle transforme le justiciable en justicier et porte atteinte à l’ordre public institutionnel”.
L’avocat de la famille de Jonathan poursuit en affirmant : “La légitime défense est une réaction immédiate à une situation imprévue. Ce n’est pas le cas. Luc Fournié avait constaté que les barreaux de la fenêtre étaient sciés depuis plusieurs jours et au lieu de réparer, il a décidé de dormir dans un lit de camp dans la réserve au rez-de-chaussée avec une arme chargée. Il n’a pas été surpris, il les attendait. Il tire à 2 ou 3 m en pleine poitrine de Jonathan. Son compagnon prend la fuite et il tire à nouveau” (propos recueillis par La Dépêche du Midi).
“Ne jugez pas pour ne pas être jugé”

Jonathan
“C’était un enfant rigolo, blagueur, joueur. Il s’essayait à la vie. Qui n’a jamais fait de conneries étant jeune ? Notre société monte les gens les uns contre les autres. Si on ne manipulait pas les peurs, si on ne présentait pas les différences comme des dangers, peut-être qu’on n’en serait pas arrivé à ce drame”.
Dans un tel drame, partagé par la colère ou la tristesse, il est difficile de n’être ni juge, ni parti. Et pourtant, apprenons à lire les faits tels qu’ils sont, apprenons à s’écouter les uns et les autres avant de tirer des conclusions parfois hasardeuses. Et poutant, c’est Estelle, la mère de Jonathan et sa marraine qui nous livre les véritables paroles d’évangile : laisser la justice faire son travail.
Ne nous substituons pas à la justice. Telles étaient peut-être les intentions de Luc Fournier qui a jugé un adolescent d’une erreur de jeunesse.
Car voici ce que chacun pouvait lire dans les colonnes de La Dépêche du Midi le jeudi 17 décembre dernier :
Une ficelle tendue entre deux chaises
Le bruit avait été provoqué par la chute de deux chaises que Luc Fournié avait disposées de part et d’autre du passage principal menant au bar et aux cigarettes. Deux chaises reliées entre elles par une ficelle tendue. Les deux cambrioleurs en avançant dans l’obscurité se sont entravés les pieds, n’ayant pas vu le stratagème. « Mon client, malgré le bruit provoqué par les chaises, a vu les deux cambrioleurs continuer à avancer vers lui au lieu de prendre la fuite. Il a pris peur et il a tiré. »
Pourquoi Luc Fournié avait-il disposé deux chaises reliées par une ficelle dans le passage menant dans la pièce principale du bar ? Se sentait-il menacé ? Et depuis quand ? Un début de réponse peut-être dans le fait que les barreaux de la fenêtre par où sont passés les deux mineurs avaient été sciés dès le mercredi précédant le drame et non pas avant la tentative de cambriolage. Luc Fournié s’en était aperçu et avait prévenu la gendarmerie, sans déposer toutefois de plainte. Les gendarmes avaient mis alors en place un dispositif de surveillance en multipliant les rondes et les contrôles. Jeudi soir encore, pendant deux heures, en soirée, ils étaient en poste au rond- point de l’ancien tribunal. De son côté, Luc Fournié n’avait pas encore fait procéder au remplacement des barreaux sciés. D’autres moyens de surveillance ont aussi été engagés mais, hier, les services de gendarmerie refusaient de faire le moindre commentaire. Le bar-tabac du Pont Saint-Roch devrait rouvrir dès ce matin.
Pour finir, j’adresse mes plus sincères condoléances aux proches de Jonathan. J’ose encore espérer qu’il y ait des Hommes qui jugent non pas parce qu’ils se le permettent mais parce que c’est leur métier.
Repose en paix Jonathan.
Vous aussi, vous pouvez témoigner sur le groupe de soutien qui s’est constitué sur Facebook.
La Dépêche du Midi (articles publiés les mardi 15, mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19, jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 décembre 2009)
Wikipédia
Olivier suis d’accord avec toi sur le drame de Jonathan
nul n’ a le droit de se faire justice sois même , ce serais trop facile mais ou va t’on,?
je ne comprend plus ce monde d’ intolérance et de violence des deux côtés jeunes et moins jeunes
nous avons tous a apprendre les uns des autres
oui il est vrais que l’ont peut en avoir mare de ces jeunes qui ne font que des conneries et ce Monsieur en as eu raz le bol pourquoi sa ont ne c ‘est pas aussi……………..
mais cela valait t’ il de le tuer ce jeune
cela s’appelle un crime tout simplement
trop facile
mais il devra répondre de ce geste forcément et vivre avec ce geste et cette mort inutile et gratuite
mes condoléances a la maman et a sa famille
Jonathan ou que tu soit aide ta maman elle va en avoir besoin et trouve la paix
Merci.
J’ai cru comprendre qu’il avait tiré parce qu’il y a eu contact …
Je ne juge personne, mais à partir du moment où l’on tends un piège qui s’avère être efficace et que celui ci n’empêche pas les deux jeunes hommes de continuer leur chemin …
“La Dépêche du Midi : Comment s’est déroulé le drame ?
Luc Fournié : Il était deux heures du matin. Je dormais et je dormais bien. J’ai entendu du bruit et dans la maison il y avait également ma sœur et ma vieille mère de 87 ans. C’est aussi mon devoir que de les protéger. Au lieu de partir quand ils sont tombés dans mon stratagème très rudimentaire (deux chaises reliées par une ficelle), les deux personnes ont continué à avancer vers moi, ils étaient en progression rapide. J’ai eu un contact physique qui a entraîné une mauvaise panique. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir.”
Fallait t-il leur montrer la direction du coffre dans ce cas là ?!
Fallait t-il les aider à remplir leur sac ?!
C’était quoi la solution à 1 contre 2 chez lui ? Dans ce cas là autant enlever toutes les serrures de toutes les portes.
Il y a trop de question en suspend …
Mais la seule qui mérite franchement une réponse c’est que foutaient ils là ? Sachant qu’il y avait préméditation vu qu’ils étaient venus scier les barreaux quelques jours avant !
R.J